Vendredi 26 février 2010
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De passage à Trouville, l'émir Ben Fatal (Jean TOLZAC) tombe sous le charme de la pittoresque demeure d'un producteur de disques au prénom américain, au nom
français, et à l'accent allemand : Sam Moreau (Roger CAREL). Il s'y installe aussi sec en compagnie de son garde du corps (Jean CHERLIAN) et de son harem (4 ou 5 danseuses du ventre), au grand
désarroi du propriétaire légitime (Sam Moreau donc, pour ceux qui rêvassent) et de
son entourage (le domestique Paul PREBOIST, la petite protégée Françoise BLANCHARD) qui devront affronter un gang de malfrats dirigé par l'infâme MacChorell (Pierre DORIS), lequel est bien
déterminé à liquider le magnat du pétrole (Ben Fatal donc, pour ceux qui pioncent).

Quel casting, mes aïeux ! Roger CAREL (Monsieur 100 000 voix), les frères PREBOIST (Paul et Jacques), le gros
dégoûtant Pierre DORIS (mort il y a quelques mois, des suites d'avoir trop vécu), la belle et blonde Katia TCHENKO (ne pas confondre avec Tcheky KARYO), l'immense Jean PAREDES (dont l'entulard de
Tubé -- pardon : l'entubé de Tulard -- situe le dernier film autour de 1965, alors que celui dont je vous cause fut troussé en 82), un André BEZU encore inconnu (donc, pas encore oublié), et deux
égéries de Jean ROLLIN : Françoise BLANCHARD (l'épouse du chanteur dont l'amour avait mis les bouts avec le loup dans les grottes de Rocamadour) et Fanny MAGIER (ne pas confondre avec Manny
FAGIER, qui, jusqu'à plus ample information, n'est pas censée exister).
C'est quand même pas tous les jours qu'on peut se taper une telle distribution ! On n'avait pas vu ça depuis la M.G.M. et ses all
cast movies ! En vérité, je vous l'écris : L'Emir préfère les blondes, c'est carrément le Grand Hôtel du Bis français ! Le film aux mille étoiles ! Le nanar
aux neuf grosses légumes !...
Et qui c'est qui l'a mis en scène, bande de p'tits salopards ?...
Alain PAYET himself ! Mieux connu sous le pseudonyme de John LOVE, autrement dit le fondateur et Pape du "hard crad" hexagonal (vous
savez ? ces films où des femmes se godemichent avec des courgettes moisies sur un coin de chiottes sales...)
Vous voulez des détails sur L'Emir ? Quelques gags saisis sur le vif ?... Y a qu'à demander
!...
Une belle photo de Paul PREBOIST (profitez-en, c'est rare...)
D'abord, le générique : il nous montre Françoise BLANCHARD chantant (avec une conviction d'autant plus
méritoire qu'elle n'utilise pas, pour ce faire, sa propre voix, mais celle d'une certaine Nat MILLER) l'un des tubes les plus honteusement méconnus de la variété française : "Je veux ma
chance" !
Et puis, en vrac :
Roger CAREL causant avec un accent allemand merveilleusement injustifié par l'origine américano-normande de son personnage
!...
Pierre DORIS faisant bouffer de force et à pleines poignées des champignons vénéneux à un ennemi ligoté sur une chaise branlante
!...
Jacques PREBOIST se faisant dégobiller dessus par un CAREL et un Noe WILLER peinant à digérer des yeux de mouton crus que le
facétieux émir les a contraint à avaler !...
Paul PREBOIST, rendu aphone par l'étonnement, tentant de signaler à une soubrette la présence de singulières intruses à l'étage
supérieur -- en l'occurrence des danseuses orientales, dont il mime l'apparence avec force déhanchements et en... étirant son nez (!) dans le feu de l'impro !...
Fanny MAGIER montrant ses seins (plus menus qu'on l'eût cru) !...
Françoise BLANCHARD laissant entrevoir sa foune (pas blonde... ou bien, c'est la copie VHS qui est trop sombre...) !...
La même, entonnant à nouveau le refrain de l'immortel standard "Je veux ma chance", mais avec sa propre voix, cette
fois -- et, vu le résultat, suscitant l'hilarité mal contenue de PREBOIST (pas Jacques, l'autre) !...
Françoise BLANCHARD, bien classée au Top 350
Deux faux infirmiers
porteurs d'une civière, traversant une boîte de nuit en faisant "PIN ! PON !" afin de récupérer le cadavre de PREBOIST (pas Paul, l'autre), empoisonné par erreur par la sculpturale et pulpeuse
Katia TCHENKO !...
CAREL jouant au tennis avec l'émir hissé sur une chaise à porteurs !... (kèskonsmarre !...)
Michel SAINT-CLAIR engoncé dans le jean le plus moule-burnes que j'eusse vu de mémoire d'arpenteur impéni(s)ten(du)t du Marais
!...
Noe WILLER tombant du haut d'une échelle après avoir été heurté par une casserole, laquelle, par ricochet, atteint Préboist (pas
l'autre, celui d'avant) sur le coin de la tronche !... (kèskonsmarre !...)
PAREDES, consciencieux, faisant des efforts pour sauver ses scènes !...
CAREL, affligé, faisant des efforts pour sauver le film !...
PREBOIST (les deux) géniaux sans nul effort !...
Jean TOLZAC, mauvais comme un cochon, capable de couler 100 films à lui tout seul !...
Trouville ressemblant à s'y méprendre à Brincourt-les-Tourloupettes !...
Tout ça (et bien d'autres merveilles), c'est dans L'Emir préfère les (fausses) blondes !
Katia TCHENKO et son ancien corps de rêve
Notons pour finir que, des quatre comédiens dessinés sur l'affiche (TOLZAC, PREBOIST [pas l'autre, lui], CAREL et BLANCHARD),
l'élément féminin est le moins ressemblant (surtout les seins).
Et ne manquons pas de signaler que le film n'a rien de raciste ! La preuve : l'Arabe parle sans accent arabe...
Ah oui ! J'ai oublié de dire qu'à la fin, Pierre DORIS se fait sauter à l'explosif (c'est mieux qu'exploser en soutif), et que la
déflagration provoque un petit effet spécial (pas très gore du tout, je le dis pour les âmes sensibles), ainsi que l'éruption d'un geyser de pétrole dans le jardin de CAREL.
Comme quoi, en Normandie, c'est tout l'inverse du slogan : on n'a pas d'idées, mais on a le carburant !...
N.B. : Le générique de fin nous signale que les parfums sont de Hermès, Fuji et Jean
Damien (on l'avait pas sentu !...)
N.B. 2 : Cet excellent article fut originalement publié dans l'excellent numéro 22 de l'excellent Medusa
Fanzine.
Par BBJane
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Publié dans : CINE QUA NON
1
Dimanche 20 décembre 2009
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09:44
La vengeance est un plat qui se mange surgelé.
Miss Audrey, du blog Path of the
Fair, aura attendu la saison du verglas pour m'infliger un tag en réponse à celui que
je lui imposai amicalement, il y a deux mois à peine. Dans ce dernier, il s'agissait de dresser la liste des 7 films idéaux pour une nuit d'Halloween. La bougresse me propose en retour d'en faire
autant pour la semaine de Noël...
Je m'exécute avec d'autant plus de plaisir que je ne savais comment vous adresser, chers lecteurs et lectrices, mes
meilleurs vœux pour ces fêtes de fin d'année.
Audrey, vous êtes exaucée... Voici ma sélection...
En cliquant sur les affiches, vous pourrez découvrir une bande-annonce ou un extrait de chaque film.
Joyeux Noël à toutes et tous !...
FROID COMME LA MORT (Dead of Winter, Arthur PENN, 1987)
Pas de Noël sans ce thriller hivernal angoissant et tordu,
où Roddy McDOWALL et Jan RUBES forment un couple de
psychopathes raffinés, cauteleux, et insidieusement gays.
Un chef-d'oeuvre méconnu.
A CHRISTMAS CAROL (Edwin L. MARIN, 1938)
Pas de Noël sans Dickens. Si cette adaptation de son fameux "Conte" n'est pas la plus célèbre,
elle n'en est pas moins délicieuse, et mérite d'être redécouverte.
RENDEZ-VOUS (The Shop Around the corner, Ernst LUBITSCH,
1940)
Pas de Noël sans visiter l'échoppe de M. Matuschek et saluer son personnel pétulant et indiscipliné.
Ce classique de la comédie américaine fut pauvrement remaké en 1998 par Nora EPHRON sous le titre
Vous avez un mess@ge (You've Got Mail)
LA RUEE VERS L'OR (The Gold Rush, Charles CHAPLIN, 1925)
Pas de Noël sans CHAPLIN.
DON'T OPEN TILL CHRISTMAS (Edmund PURDOM, 1984)

Pas de Noël sans un putain de film d'horreur où le sang se mêle à la neige.
Celui-ci est particulièrement redoutable, et vous fera éclater de rire entre deux vomissements.
Réalisé (si l'on peut dire) et interprété par un ancien jeune premier de péplums hollywoodiens,
reconverti dans le wetern italien dans les années 70, puis dans le gore craspec.
SANTA CLAUS CONQUERS THE MARTIANS (Nicholas WEBSTER,
1964)
Pas de Noël sans un nanar Campy. Ici, notre gros barbu encapuchonné préféré
se fait enlever par des Martiens, parce que leurs enfants,
ils ont bien le droit d'avoir des cadeaux comme tout le monde.
VOUS POUVEZ VOIR LE FILM EN INTEGRALITE EN CLIQUANT SUR L'AFFICHE !
GREMLINS (Joe DANTE, 1984)
Pas de Noël sans Dick MILLER, Harry CARREY Jr., Kenneth TOBEY, William SCHALLERT,
et la pléiade de seconds rôles réunie par Joe DANTE dans ce film magique et méchant.
(Je me souviens qu'en 1984, je voulais bien sortir avec Zach GALLIGAN s'il s'épilait les sourcils et changeait de
coiffeur...)
MERRY CHRISTMAS !
Par BBJane
-
Publié dans : CINE QUA NON
9
Samedi 12 décembre 2009
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/2009
19:47
CINE QUA NON #1
Inauguration d'une nouvelle rubrique où seront rapidement évoqués, sans souci critique ou rédactionnel, quelques films qui me sont tombés sous les
prunelles... Notes éparses, en style parfois télégraphique, pour mémoire, et pour le plaisir du partage...

Film invisible en France depuis des années. Pas de sorties VHS ou DVD, pas de diffusions télévisées.
Etant une inconditionnelle de Rod STEIGER, ce Al Capone me faisait fantasmer depuis ma découverte
du comédien. C'est l'une de ses performances les plus contestées (elles le sont TOUTES, avec plus ou moins de virulence.) Tout au long de sa carrière, on a reproché à STEIGER d'en faire des
tonnes, d'accentuer les maniérismes de l'Actors Studio jusqu'à l'intolérable. Le rôle de Capone se prêtant à toutes les outrances, on conçoit que le plus outrancier des comédiens américains
n'ait pas hésité à s'abandonner à ses penchants. En conséquence, les critiques lui tombèrent dessus à bras raccourcis.

Capone, on le sait, était un mégalomane hystérique, un m'as-tu-vu, un histrion. Accuser STEIGER d'en offrir un portrait chargé, à la limite de la caricature, me semble totalement
déplacé. En vérité, il est au diapason du modèle. Son interprétation du Balafré est l'une des plus justes que l'écran nous ait offerte, supérieure à mon sens à celles de Paul MUNI, Al PACINO ou
Robert DE NIRO ; je ne vois que Neville BRAND dans la série Les Incorruptibles, qui soutienne la comparaison.
Steiger, qui se documenta copieusement sur Capone et lut les minutes du procès pour fraude fiscale qui lui valut l'emprisonnement, s'appliqua (selon les principes de la
Méthode strasbergienne) à trouver en quoi le personnage pouvait lui ressembler, ce qu'ils partageaient psychologiquement. Il en vint à la conclusion que l'homme était avant tout assoiffé de
respect et de reconnaissance. "Il était, tout comme moi, un showman, un acteur", déclara-t-il au "New Yorker". "Je voulais que chacun
de ses actes naturels soit démonstratif."
Mise en scène semi-documentaire. On pense, une fois encore, aux Incorruptibles télévisés, en ce sens que l'évocation
des années 30 ne se défait pas d'un climat typiquement fifties. Pas d'esbroufe, une violence sèche, tendue mais épurée (reconstitution économe du fameux "Massacre de la Saint-Valentin"
: WILSON ne lui consacre pas plus de deux minutes). Peu de traces de l'expressionnisme cher au Film Noir, qui touchait d'ailleurs à son terme ; nous sommes ici plus proches des biographies de
gangsters typiques de la Warner des années 30. Réalisme, dédain des fioritures.
Rod STEIGER en plein accès
de sobriété (à gauche, Martin BALSAM)
WILSON brosse le portrait objectif d'un psychopathe roué -- un être instinctif, néanmoins capable de calcul. Une scène mémorable au cours de laquelle Capone séduit une femme éplorée dont il
vient de tuer le mari (et dont il fera sa compagne) évoque le Richard III de SHAKESPEARE, quand Gloucester brise les préventions et le ressentiment de Lady Anne dans les mêmes
circonstances. Un tour de force, où l'hypocrisie le dispute au charme.
Belle performance de Nehemiah PERSOFF en Johnny Torrio, le "boss" de Capone, conscient que son autorité est désormais comptée, et que son poulain ne tardera pas à
le surclasser. Lorsque Capone le remercie de faire de lui son "bras droit", Torrio rétorque philosophiquement : "Je préfère t'avoir à mon côté que dans mon dos."
Rod, en colère (comme d'hab'),
et pinaillant sur un point de détail (à gauche, Nehemiah PERSOFF)
Personnages féminins rarissimes et sans grande consistance, à l'exception de Maureen Flannery (Fay SPAIN), que j'ai évoquée plus haut. Partagée entre une défiance justifiée envers Capone (elle
le soupçonne d'avoir tué son mari, malgré ses dénégations ; elle veille à tenir sa fille éloignée du gangster), et une irrépressible attraction, fortement masochiste. SPAIN joue le rôle tout en
retenue et sincérité blessée.

Le vrai Capone fut libéré de prison pour cause de syphilis, et mourut dans son lit d'une crise cardiaque. Dans le film, il est assassiné par ses codétenus (et
probablement anciens comparses) dans la cour du pénitencier.
La mort du
caïd
Quelques critiques :
"Excellente évocation de la prohibition et portrait sans complaisance d'un caïd désincarné. " (François Guérif, "Le Film Noir", Ed. Henri Veyrier,
1979)
"Scrupuleuse biographie d'un tueur fabriqué peu à peu par l'univers désincarné dans lequel il vit, qui donnait lieu à une évocation passionnante de la pègre
américaine à la grande époque de la prohibition." (Coursodon et Tavernier, "50 ans de cinéma américain", Nathan, 1995)
"Un portrait sans concession d'Al Capone où Rod Steiger cabotine à souhait." (Jean Tulard, "Guide des films", Robert Laffont, 1990)
Par BBJane
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